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Roc de Chère : quand le tourisme de masse rattrape les réserves naturelles

Roc de Chere et Mont Verrier vus du Lac d'Annecy
Roc de Chère : quand le tourisme de masse rattrape les réserves naturelles
Publié le 6 juillet 2026
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Au bord du lac d’Annecy, la réserve naturelle nationale du Roc de Chère attire chaque année davantage de visiteurs venus chercher fraîcheur et grand air. Une fréquentation en forte hausse qui bouscule les équilibres d’un site classé pour sa richesse botanique et géologique exceptionnelle.

Élise, chargée de mission et animatrice nature au Conservatoire d’espaces naturels Asters, nous emmène sur les sentiers du Roc de Chère pour évoquer la biodiversité du lieu, les nouvelles pratiques des visiteurs et les pistes envisagées pour concilier accueil du public et protection de la nature.

Qu’est-ce qu’une réserve naturelle, finalement ?

Annecy Bouge : Alors Lise, est-ce que tu peux me présenter l’association pour laquelle tu travailles ?

Lise : « Oui, alors je travaille à Asters, le Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie. On est gestionnaires d’espaces naturels comme son nom l’indique, et notamment on gère les neuf réserves naturelles nationales du département. Donc la plupart sont en montagne, mais on en a deux là autour du lac d’Annecy : il y a le Bout du Lac d’Annecy et le Roc de Chère où on est aujourd’hui. »

A.B. : Et c’est quoi une réserve naturelle, finalement ?

Lise : « Alors la réserve naturelle du Roc de Chère, elle a été classée en raison de son intérêt botanique et puis géologique. Donc on a des types de sols différents, plein d’expositions aussi avec les falaises, le reflet du lac qui vont faire en sorte que la flore va être très, très diversifiée ici. On est sur un « hotspot » de diversité par rapport au département. On a ici par exemple des forêts qui vont être d’affinités méridionales, et d’autres secteurs où on a un vallon froid avec des espèces subalpines. »

Notre guide Lise
La vue du lac depuis le Roc de Chère
Les oiseaux, ils doivent chanter de plus en plus fort pour s'entendre. Plein de petites choses qui ont l'air de rien et, en fait, cumulées avec le nombre de personnes qui viennent dans l'année, ça crée vraiment un impact fort pour les espèces.

La réserve face au tourisme

A.B. : Donc vous avez remarqué ces dernières années une hausse de la fréquentation des espaces naturels ? Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?

Lise : « Oui, alors on va prendre l’exemple ici. Si on revient en 2014, on avait 54 000 visiteurs par an à peu près. L’an dernier, on est plutôt au-delà de 185 000. Ça c’est pour vous donner un ordre d’idée du changement vraiment qu’on a vu sur les espaces naturels. Ça peut être élargi à tous les espaces protégés de France en fait, y’a pas seulement le Roc de Chère qui est concerné. Et ça va être de plus en plus au cours de l’année en fait. Donc l’été, ça a toujours été une période de forte fréquentation, mais dès le printemps jusqu’à l’automne… L’an dernier, le pic de fréquentation ici c’était le week-end du 11 novembre. C’étaient des choses qui étaient inconnues jusqu’à présent en fait. Et puis on a aussi des changements de profil des visiteurs. Avant on avait des gens qui venaient vraiment visiter une réserve naturelle pour son patrimoine particulier. Là, on a de plus en plus de gens qui vont venir ici pour rechercher de la fraîcheur, faire des sports de nature aussi et des publics citadins qui vont prendre un peu l’air à pas trop loin de chez eux. Et ça, ça entraîne des changements de pratiques. Les gens n’ont pas en tête que c’est un espace protégé avec une réglementation et un patrimoine naturel à protéger. »

A.B. : Et qu’est-ce que cette fréquentation induit pour nos espaces naturels ?

Lise : « Eh bien ça va induire du dérangement pour la faune, malheureusement. Donc les gens qui viennent de plus en plus tôt le matin par exemple : c’étaient des périodes de quiétude pour les oiseaux, pour les espèces qui allaient s’alimenter, se reproduire, se déplacer d’un endroit à l’autre. Et le fait d’avoir une amplitude horaire de plus en plus importante, notamment avec les hautes températures aussi, ça va entraîner une augmentation du dérangement. On a aussi des activités nautiques par exemple qui se développent de plus en plus. Auparavant, on avait quelques loueurs de canoës et quelques loueurs de pédalos. Maintenant, on a beaucoup de gens qui sont équipés en individuel et qui vont venir sans passer par le loueur qui, lui, pouvait en fait prodiguer des conseils pour dire : « il y a des zones interdites dans lesquelles il ne faut pas aller pour ne pas déranger la faune, éviter de crier, pas mettre de musique ». Ce genre de pratiques, mettre de la musique quand on se promène, ça c’est totalement nouveau. Et en fait, ça crée des nuisances sonores aussi. Les oiseaux, ils doivent chanter de plus en plus fort pour s’entendre. Plein de petites choses qui ont l’air de rien et, en fait, cumulées avec le nombre de personnes qui viennent dans l’année, ça crée vraiment un impact fort pour les espèces. »

A.B. : Donc quels sont les risques aujourd’hui et vers quoi on tend ?

Lise : « Eh bien le risque aujourd’hui pour les usagers, j’ai envie de dire, c’est qu’on restreigne les accès. Il y a certains espaces naturels protégés où c’est déjà le cas, où on va instaurer des quotas journaliers par exemple, ou annuels, de visiteurs qui ont le droit d’accéder au site. Il y a aussi d’autres endroits où ça peut devenir carrément payant. Nous, c’est pas notre objectif ici. Le crédo qu’on a c’est : on aime mieux ce qu’on connaît et on protège mieux ce qu’on aime. Donc on va emmener les gens ici, leur faire découvrir les richesses du site, et puis ils vont avoir d’eux-mêmes en fait envie de mieux protéger et prendre soin de leur patrimoine, au final. »

Alors la cabane, c'est la fausse bonne idée. [...] Ne faites pas de cabane en forêt.

Comment agir à notre niveau ?

A.B. : Tu as quelques exemples de choses à ne pas faire ?

Lise : « Alors la cabane, c’est la fausse bonne idée. […] En fait, quand on fait ça, on enlève le bois mort qui normalement reste au sol, se dégrade, prend l’humidité, accueille des champignons, des insectes spécialisés… Et on le met ici, il va sécher tout seul et c’est pas un habitat pour la faune quand on le laisse comme ça. Donc ça, on essaie vraiment de faire de la pédagogie là-dessus : ne faites pas de cabane en forêt, ou alors vous pouvez jouer puis redéfaire la cabane et reposer les branches au sol ensuite. »

A.B. : Alors en tant qu’Annécien, qu’est-ce qu’on fait ?

Lise: « Eh bien on peut venir au Roc de Chère pour écouter les oiseaux, on peut sentir les fleurs, voir les paysages, faire tout plein de choses mais au calme. Profiter de ses proches ou d’un temps pour soi. Et puis ce qu’Asters propose aussi, ce sont des visites guidées. Donc on a des animateurs nature qui vont venir avec vous pour vous expliquer toutes les richesses du site. On fait notamment des visites en été crépusculaires où on va pouvoir découvrir des chauves-souris, observer des lucioles et tout ça. Donc ça, ça a généralement pas mal de succès. Ou bien aussi le matin, on a différents formats de découverte. »

Propos recueillis au Roc de Chère par l’équipe d’Annecy Bouge.

hello@annecybouge.fr