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Loft in translation

Le 8 décembre 2023 par Lara Ketterer

La maison paccard (ou Hôtel de Boringe) regorge encore de pépites qui gardent toujours la signature de l’illustre décorateur. Dans cet étonnant loft, d’André paccard, on retrouvera les volumes et une terrasse qui ne manqua pas de défrayer la chronique en son temps… Pour le reste, son actuel propriétaire a, lui aussi, su  imposer son style… bien inspiré.

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© Lara Ketterer

D’André Paccard, on se souviendra les coups de gueule, les coups de cœur, les éclats de voix, de rire, les éclats tout court. De l’exubérance aussi, des soirées folles qu’il organisait dans cette maison, quai Perrière ou sur le Libellule qu’il a créé, de ses excentricités, de son génie créatif… De l’argent qui coulait à flot et de sa formule souvent répétée : “je gagne de l’argent les mains ouvertes. Ce qui passe entre mes doigts, c’est pour les autres, ce qui reste, c’est pour moi.” Un personnage haut en couleur avec un destin hors norme qui fit briller Annecy par-delà mers et océans.

L’homme ne laisse personne indifférent. Il y a les inconditionnels, ceux qui ne jurent que par le style « Paccard », et les autres. Ceux pour qui ses délires, son mépris des règles locales - notamment en matière d’autorisations dont il se passait volontiers pour effectuer les travaux sur sa maison du quai Perrière -, son goût du luxe, ses jets privés et ses réalisations grandioses dans les pays arabes, ne sont que mégalomanie. Mais personne, à Annecy, n’a oublié sa chute, en 1987. Spectaculaire.

 

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André Paccard ©Quinones-Marcos

 

L’architecte des palais marocains…

 

Alors architecte en titre d’Hassan II, il se voit confier la décoration de tous ses palais. André Paccard connaît une ascension vertigineuse. Les chantiers qui s’enchaînent, Annecy devenant, contre toute attente, la base arrière du Maroc, avec en point d’orgue un chantier titanesque : 7 mois pour refaire entièrement la Mamounia à Marrakech, 3000 artisans qui travaillent jour et nuit. Et le clash…

Un telex envoyé suite à de soudaines contestations de factures avec ce message : “Je vais venir avec ma tenue de Rambo pour récupérer mon argent”, telex qui a malencontreusement - grâce à l’entremise de personnes bien intentionnées ! - atterri sur le bureau du roi, qui le congédie sur le champ. Un prétexte sans doute. Hassan II étant mis à l’index par le FMI pour ses dépenses indécentes face à la misère de son peuple est contraint de faire des économies. Pour Paccard, c’est la descente aux enfers… S’ensuivent sa ruine et ses démêlés avec Bernard Tapie, repreneur de tous ses biens, y compris l’Hôtel de Boringe. Son exil en Suisse, ses tentatives infructueuses de se refaire la cerise, son décès à Biot en 1995.

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Fresques dans la montée d'escalier de la "Maison Paccard” ©studiodgc

Dans la « Maison Paccard », il laissera des fresques hallucinantes habillant encore les murs d’une des montées d’escaliers (voir page précédente), des vitraux sublimes dans le couloir des appartements réservés aux artistes qui animaient ses soirées, des terrasses non autorisées à l’arrière du bâtiment, une bibliothèque monumentale dans l’un des appartements, et même une somptueuse piscine (aujourd’hui remplacée par le restaurant La Cour 24).

Bernard Tapie ne gardera la maison que 2 ans, sans jamais l’habiter, avant de revendre le tout en 1990 à quelques heureux propriétaires suisses. Qui les revendront à leur tour…

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© Annik Wetter & Lara Ketterer
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©Lara Ketterer

Changement d’ambiance!

 

En 2006, passionné de vieilles pierres et d’architecture contemporaine, un investisseur suisse entend parler d’un bien particulier à vendre… “Cet appartement est très spécial, il n’y a même pas de chambre ! Je ne sais pas si c’est la peine de vous déplacer pour le voir…”, prévient l’agent immobilier sceptique. Pas très encourageant. Mais l’homme est curieux de nature et se rend tout de même sur place. “J’ai eu un coup de foudre, pas tant pour l’appartement tel qu’il était, recouvert intégralement de boiseries précieuses aux murs, la déco était datée et un peu trop chargée à mon goût, mais pour ses volumes impressionnants et particulièrement rares pour une vieille ville. Je n’avais jamais vu un tel espace auparavant! Le bâtiment classé était superbe et l’emplacement magique.”

Et quand il découvre la belle terrasse à l’arrière de la maison depuis la mezzanine du dernier niveau, il craque totalement ! Une vue imprenable sur le château. C’est cette même terrasse qu’André Paccard avait créée de toutes pièces, sans même prendre la peine de demander une autorisation (qu’il n’aurait jamais obtenue sur ce Monument Remarquable). Le maire de l’époque était de la famille, « ça devait passer crème… » Sauf qu’André Fumex, mis devant le fait accompli, n’apprécia pas du tout le procédé. Il était trop tard, certes, et les amendes ne feraient pas boiter le décorateur… André Paccard avait réussi son coup.

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© Annik Wetter & Lara Ketterer

Mais revenons à notre visite de 2006. A l’époque, il y avait déjà cette hauteur sous plafond impressionnante avoisinant les 8 m et ces 2 mezzanines. Mais une chose curieuse intrigue notre futur propriétaire : 2 escaliers dans la même pièce les desservaient. “Ça n’a pas de sens !”. Pour autant, il fonce, acquiert le loft et se lance dans 2 ans de travaux… “Je venais de découvrir un architecte prometteur, Patrick Reymond de l’Atelier Oï, avant qu’il ne devienne une star internationale, et je voulais travailler avec lui. C’était l’occasion rêvée!”

Les deux hommes s’entendent à merveille et le logement prend peu à peu un nouveau visage, plus lumineux, clairement contemporain. A l’image de ce garde-corps de « l’unique » escalier imaginé par l’architecte qui a tout d’abord désarçonné notre propriétaire habitué aux lignes minimalistes. “Il était très ouvragé, un peu trop « spécial » pour moi, mais j’ai décidé de lui faire confiance, et au final, c’était très bien vu.” Le résultat est au rendez-vous. 

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105 m2 répartis sur 3 étages, cuisine, salon et salle-à-manger au 1e, auquel on accède par un ascenseur privatif ; un bureau et une superbe salle de bains dotée d’un hammam sur la première mezzanine, et surplombant le tout, sous son impressionnante charpente, une spacieuse chambre ouverte. C’est de là qu’on accède à notre fameuse terrasse. 

Partout, le propriétaire a ajouté sa touche perso. Féru de design, il sélectionnera quelques pièces emblématiques… Ici, la chaise longue Le Corbusier, plus loin une photo de Bettina Rheims ; immanquable, le lampadaire Big Shadow signé Marcel Wanders ou encore ce fauteuil minimaliste en cuir, Butterfly, du célèbre designer français Pierre Paulin. “On ne peut pas s’asseoir dedans tellement il est inconfortable, mais j’adore son look !”, explique-t-il en riant.

 

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© Annik Wetter & Lara Ketterer

Il y a aussi cette petite lampe de chevet qui menace de s’envoler vers le château, Lucellino d’Ingo Maurer… Ou plus surprenante encore, la commode Roi en trompe l’œil imaginée par Alessandro Dubini pour Zanotta. Elle est signée et fait partie d’une série limitée à 9 pièces : le placage en aluminium recouvrant la structure en bois est imprimé de motifs rococo indélébiles ! “Je l’ai trouvée assez curieuse et je la voyais bien prendre ses aises ici.”

Ça tombe bien, nous aussi. Une chance, ce loft incroyable peut se louer à la demande…

+ d’infos ou pour louer ce loft pour un week-end en amoureux

 

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© Lara Ketterer